Ménerbes comme seule source d’inspiration

Quand Noël La Vista observe Ménerbes, il ne se contente pas de l’admirer. Pour cet artiste peintre, ce village, l’un des plus beaux de France, représente sa sève. Ménerbes, comme seule source d’inspiration, est depuis 15 ans le fruit de ses œuvres. Entre abstraction, couleur et ludisme, sa peinture est le reflet de sa réalité et du regard porté sur ce merveilleux village.

Petites lunettes rectangulaires qui lui glissent sur le nez. Noël La Vista, artiste peintre, pas encore quinquagénaire. Un pull rouge qui défie la température de son atelier de Villeneuve-lès-Avignon, ni chauffé, ni climatisé. Des pastels sur un établi, des cahiers de croquis sur un petit chevalet en bois. Des pigments de couleur sur une table de fortune. Des taches de peintures au sol. Un bruit de fond que crache la petite radio installée dans un coin, « pour ne pas avoir l’impression d’être totalement isolé du monde extérieur ». Des phrases inscrites aux murs « il faut savoir accepter ses états d’âme mélancoliques », clame l’une d’elle. Et enfin des peintures, tant de peintures que l’artiste a gardées «  Celles qui ne sont pas montrables, celles que je veux détruire, mais que ma femme, Pascale, veut conserver », et celles qui sont en cours d’élaboration, qui servent de brouillon à ses nouvelles créations.

Noël La Vista porte un sourire rassurant quand il parle de sa femme et de ses enfants, Anna et Raphaël. Un coup d’œil rapide sur Staël et Monet, ses deux chats, qui courent derrière les poules de la maison, Mona Lisa et Marie-Antoinette. De sa fenêtre une vue calme et apaisante. L’artiste ouvre les portes de son antre, de son jardin secret. Entre fêlures passées et optimisme dans un futur qui, il le sait, sera reconnaissant : Noël La Vista peint Ménerbes, depuis maintenant 15 ans.

De Ménerbes à sa réalité

De Ménerbes à sa réalité il n’y a qu’un pas, que le peintre franchit dans son atelier de Villeneuve-lès-Avignon. C’est pourtant en se baladant dans ce village du Luberon que Noël imagine ses futures toiles. Sa dernière création est inspirée d’un point de vue particulièrement calme et préservé. Une petite place reculée, qui donne à voir une foultitude de détails transcrits sur les toiles de l’artiste. Au départ Noël La Vista observe. Pose son regard ici et là. Photographie visuellement. « Ménerbes ne finira jamais de m’étonner, je le redécouvre à chaque escapade ».

Les toits, les maisons, les fleurs qui évoluent au fil des saisons sont autan de matière à sa création. « Et ce ciel… le plus beau ciel est à Ménerbes », raconte l’artiste. Et puis il ferme les yeux, et sur un petit cahier de croquis aux pages blanches il dessine. Les yeux fermé donc, il dessine un point départ. Pourquoi pas ce nuage… Son imagination fait le reste. Un peu comme un enfant qui laisserait vagabonder ses idées, le peintre recréé l’univers qu’il vient d’observer. Les traits sont nets, précis. Ils seront le point de départ de son œuvre. De tous ses croquis ne naissent pas forcement une toile. Noël La Vista est méticuleux, il travaille patiemment. « Peut-être que cela vient de mon parcours un peu atypique », car le peintre est un autodidacte qui fréquentera les Beaux-arts en cours du soir. Dans son atelier cette fois, une autre page blanche, celle-là servira à travailler le croquis avec des pastels. « Le pastel est la base de mon travail », explique-t-il « mon étude préparatoire ». Le peintre prépare son œuvre. Et puis vient le temps de la toile, la vraie, que le peintre a tendu sur un châssis et préparée également. Le rapport à la toile est charnel, « j’aime la toucher, la sentir sous mes mains et mes pinceaux ». Il utilise le dos de la toile, dépourvue d’apprêt, « plus rugueuse, plus sensuelle ». La dernière étape est celle de la consécration de ce qu’il commence à peindre. Il recherche la couleur parfaite, celle qu’il fait avec des pigments naturels mélangés à de l’huile, qu’il trouvera à force d’essai.

Il est né peintre…

Depuis l’enfance, Noël La Vista dessine. Parce qu’il a trouvé dans cette expression un refuge, mais aussi parce que pour lui dessiner est une nécessité. A l’école il préfère griffonner plutôt qu’écrire. Et ses cahiers d’écoliers sont noircis par les dessins qu’il imagine avec ses yeux d’enfant et non par les leçons dictées par ses professeurs. « J’ai d’ailleurs arrêté l’école quand il n’y a plus eu art plastique au programme, le seul cours où j’étais bon », explique-t-il. Originaire de Lyon il rencontre pour la première fois la Provence à l’âge de 17 ans. « Ma vie est faite de rencontres, de personnes qui ont croisé mon chemin et qui m’ont amené à ce que je suis aujourd’hui ». Il côtoie « sur son chemin », des ateliers d’artistes vauclusiens et rencontrera la femme de Georges de Pogedaieff, peintre russe, installé dans le Luberon dans les années 1930. Il peint dans l’atelier qui servit à Pogedaieff et quand le courage lui manquait, l’épouse du portraitiste lui disait, « Noël tu est un peintre et un peintre çà peint ». Il peint donc, quand le temps lui est offert car en parallèle, La Vista travaille dans une imprimerie. Il y apprend les arts graphiques, puis devient chef de projet dans une agence de communication. Le peintre poursuit sa route, fréquente Joe Downing, peintre franco-américain installé à Ménerbes, rencontre Pascal Lainé qui lui offre la possibilité d’exposer dans sa galerie. Il affronte ses états d’âme, les transcrits sur ses toiles. Ses pinceaux vivent l’influence de peintres qu’il admire à l’image de Nicolas de Staël, de Willem de Kooning, d’Alfred Roll. Il oscille entre figuration et abstraction et s’entoure des images de Ménerbes. Il effectue des virages, picturaux, professionnels. « Je suis devenu peintre à plein temps voilà dix ans », dit-il. « Un jour où mon patron m’a demandé de choisir entre mon boulot et la peinture ». Depuis 10 ans, il investit chaque matin son atelier avec la même envie. Aujourd’hui son travail semble plus détaché de ses pairs. En constance recherche de sa vérité, de son art, Noël a désormais besoin de transmettre plus de joie dans ses œuvres. « Après des séries très noires comme les carrières de Ménerbes ou encore celles sur les casseroles, je tends aujourd’hui à une peinture plus ludique, colorée et emplie de symboles qui me sont chers ». Ainsi une maison joue à la corde à sauter, des signes Incas apparaissent discrètement, une autre maison rigole et se joue de l’environnement qui l’entoure, tandis qu’une masse verte représente le bas du village de Ménerbes. « Mais à chacun son interprétation ». La Vista signe au dos de son œuvre, de son pouce trempé dans la couleur. Le tableau une fois fini, aboutit, vit par lui-même et poursuit, tout comme l’artiste, son chemin. « Picasso avait raison le plus dur ce sont les 80 premières années. Un jour, je serai peintre pour l’instant je continue d’apprendre ». Ménerbes n’a pas fini d’inspirer cet homme, né peintre un jour de septembre.

Anne-Sophie Sourd, Le journal du Luberon

 



MÉNERBES : L’univers poétique de Noël La Vista chez Pascal Lainé

Un havre de paix. Une invitation à .la douceur de vivre. Depuis la galerie Pascal Lainé, l’artiste Noël La Vista emmène les visiteurs vers une douce destination. Celle à la rêverie, à la joie et à la légèreté.
Au fil des toiles, on respire, on soupire, on s’amuse. Chacun peut y voir ce qu’il souhaite. Des voiles. Une lune qui semble sourire. Une maison qui vous fait un pied de nez. Des collines qui invite à la balade. Une nature et le village de Ménerbes, tels que les voient l’artiste. « C’est ici que je me sens bien », confie Noël La Vista qui s’inspire du Luberon et du village notamment depuis 24 ans. « C’est ici que j’ai repris mes crayons et c’est ici que j’ai fait de belles rencontres ». Il fait ici allusion au peintre russe Georges de Pogedaïeff qui lui permettra de jeter les bases de sa future expression artistique. Influence aussi du peintre franco-américain Joe Downing qui « m’a beaucoup appris » poursuit-il. Après des périodes plus sombres, La Vista joue depuis quelques années avec la transparence et les couleurs, « Je suis bien là où je suis aujourd’hui ; J’ai mis la noirceur de côté. Mes deuils, je les transpose ailleurs et en couleurs ». Tout cela sur fond de poésie dans des formes géométriques mais tout en rondeur. « Cette poésie me convient. C’est enfin moi. Et je compte bien y rester… ».

Virginie Batailler, La Provence du 6 mai 2012



Ménerbes pour muse

Le village de Ménerbes est intimement lié à l’œuvre de Noël La Vista. Il y voit toujours planer les passages de son amie, Viala de Pogedaïeff, de son ami Joe Downing et de Nicolas de Staël, au sommet, là où il le place en admirateur angoissé du Prince Foudroyé. La première lui a prêté son atelier, lui rabâchant « Noël, tu es un peintre et un peintre, ça peint ! », le second, dans sa chaleureuse simplicité, l’a encouragé, quant au dernier, il est la référence, celui dont les textures, les couleurs et les formes recréent l’émotion de la vie. Habitant la région depuis son adolescence, Noël La Vista a découvert Ménerbes au hasard de rencontres. Graphiste de formation, il peint maintenant tous les jours sans relâche dans son atelier de Villeneuve-les Avignon et quand il lui reste un peu de temps, il restaure sa maison, contribuant ainsi au bien être de sa famille. Les toiles de Noël La Vista, exposées en avril 2010 à la Galerie Pascal Lainé, intéressent de plus en plus de collectionneurs.
Vous le rencontrerez peut être, il vient au village plusieurs fois par mois, toucher les ciels tourmentés qu’il dit uniques et croquer les maisons, animées des vies de leurs propriétaires successifs. L’artiste peint les bâtisses, tels des personnages s’envoyant des volutes de messages sur fonds pastels et éternels de vignobles et vergers.
Et Noël s’en retourne, chercher encore et encore et travailler dans son atelier, à partir de ses esquisses de Ménerbes. « J’apprends toujours mon métier, mais je sais où est ma place » avoue-t-il modeste et inquiet. Regardez ses toiles, paradoxalement pleines de légèreté, de grâce et d’élégance. Elles sont le fruit de l’attachement que le peintre voue à l’endroit où s’est confortée sa vocation et où son inspiration se ressource. Loin des modes et de la facilité, Noël La Vista y a trouvé son style.

Bulletin Municipal de Ménerbes 2010-2011